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«La lutte armée est le résultat de la convergence entre l'oppression nationale et l'exploitation de classe subie par les travailleurs sous la dictature de Franco, une lutte qui se développera inévitablement jusqu'à la fin de la dictature.»

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Entendre la voix et écouter quelques paroles d'Argala

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José Miguel Beñarán Ordeñana, « Argala », était membre de l'organisation révolutionnaire Basque ETA (Euskadi Ta Askatasuna) et l'un des idéologues les plus important et les plus marquant de l'organisation Basque, pendant le franquisme et la "transition espagnole".

Argala est né en 1949, à Arrigorriaga, située dans le cœur industriel de Bilbo (bizkaia). Tout juste 10 ans après la fin de la guerre d'Espagne où Franco sorti victorieux à la suite du coup d'État fasciste contre la République espagnole en juillet 1936.

À la fin de la guerre civile, 10 000 Basques, seront soumis à la torture quand d'autres seront purement et simplement exécutés sommairement et jetés dans des fosses communes. Le régime cherchera également à éliminer toute manifestation d'indépendance au Pays basque, ciblant en particulier la langue basque (Euskara) et sa culture. L'enseignement de l'Euskara dans les écoles sera interdit, tout comme son utilisation publique.

Voilà le jeune Argala, ainsi plongé dans un pays dirigé par une dictature brutale.

Argala fréquentera l'université où il étudiera l'ingénierie. Là, il s'initiera aux idées de Karl Marx, qu'il lira avec voracité. Très vite le jeune Argala conscientisera son engagement.

En 1968, à l'âge de dix-neuf ans, il rejoint ETA. Sa première action sera une tentative infructueuse de faire évader six prisonniers politiques basques détenus et condamnés à la peine capitale dans la prison de Burgos en décembre 1970. Malgré cet échec et suite à une énorme pression internationale, les condamnations à mort seront commuées en peine de prisons à vie. Argala devient un militant actif.


Après la nomination par Franco, de Luis Carrero Blanco comme Premier ministre espagnol en juin 1973, l'organisation élaborera un plan audacieux pour l'assassiner.
Les membres d'ETA loueront un appartement le long de la route où doit passer la voiture de Blanco. Ils passeront les mois suivants à creuser un tunnel dans le sous-sol de l'appartement sous cette même route.

Le matin du 20 décembre 1973, alors que la voiture Dodge noire conduite par un chauffeur de Blanco arrive de l'église. Argala, qui se tient sur une échelle vêtue d'une combinaison d'électricien, reçoit le signal pour faire exploser une énorme charge explosive. L'explosion secoue la rue, laissant un énorme cratère sur la route et élevant la voiture à 60 mètres en l'air au-dessus d'un bâtiment adjacent de cinq étages avant de s'écraser dans la cour intérieure.

Blanco, son chauffeur et le garde du corps de l'inspecteur de police seront tués. Ce fut une opération spectaculaire, la première menée par ETA hors du Pays Basque,  et le deuxième assassinat par l'organisation depuis sa fondation en 1959. Le premier étant le chef de la police de Saint-Sébastien, le tortionnaire de renom et collaborateur nazi, Melitón Manzanas en 1968.

Cette opération appelé "Opération OGRO" a catapulté l'organisation à l'attention du monde entier et a provoqué une crise majeure et une sidération au sein du régime de Franco.

"La bombe de 1973 a durement frappée le fascisme espagnol et sera comme un évènement qui a changé l'histoire de l'Espagne. Elle a éliminer l'homme qui était le principal pilier des plans de Franco pour prolonger son régime au-delà de sa mort." Déclaration d'ETA.

En 1978, Argala était à la tête de l'ETA militaire ( l'organisation s'était scindée en 1974 ) et opérait depuis une base située dans le nord du Pays basque, où le gouvernement français continuait à refuser les demandes espagnoles d'extraditions des suspects de l'ETA.

Le matin du 21 décembre 1978, cinq ans presque jour pour jour depuis l'opération contre Carrero Blanco à Madrid.  Argala quitta son domicile dans la ville côtière d'Iparralde : Angelu (Anglet en langue française) monta dans sa voiture et alors qu'il coupa le contact, une bombe explosa déchiquetant la voiture. Argala était tué sur le coup. Il avait 29 ans. L'attentat à la bombe devait coïncider avec le cinquième anniversaire de la mort de Carrero Blanco le 20 décembre. Cependant, Argala étant malade ce jour-là et n'avait pas quitté son domicile.

Le groupe d'assassins sera composé de huit hommes. Il comprenait un marin espagnol, un membre de la Guardia Civil, deux officiers de l'armée espagnole et un responsable de l'armée de l'air, José María Boccardo, un membre du groupe fasciste argentin Triple A, Jean-Pierre Cherid un ancien membre de l'OAS et Mario Ricci un néo-fasciste italien.

Le groupe était dirigé par un capitaine de marine espagnol, Pedro Martinez.
Quelques années plus tard, Martinez organisera, sous la direction de hauts ministres du gouvernement espagnol,(dont le Premier ministre socialiste était un certain ... Felipe Gonzalez),
un groupe de mercenaires assassins appelée  GAL (Grupos Antiterroristas de Liberación).

Non content d'avoir tué Argala, l'État espagnol cherchera à empêcher le peuple Basque de rendre hommage à un homme considéré comme un héros de la résistance antifasciste. Avant le retour de la dépouille d'Argala dans sa ville natale d'Arrigorriaga, la Guardia Civil encerclera la ville et tentera d'interdire l'entrée du cortège funèbre.


Telesforo Monzón, un vétéran de la gauche nationaliste basque, exilé depuis plus de 40 ans depuis la guerre civile espagnole et membre fondateur de Herri Batasuna, écrira "Ne sois pas déçu. Le vide d'Argala nous le ressentons tous,(...) De là surgiront beaucoup d'autres et le torrent deviendra écrasant."

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