Francisco ferrer
portrait de Francisco Ferrer

" L'objet de notre enseignement est que le cerveau de l'individu doit être l'instrument de sa volonté "

photo manifestants tennt une banderole : francisco ferrer victime de l'intolérance est un symbôle

Francesc Ferrer i Guàrdia, plus connu sous le nom de Francisco Ferrer est était un libre-penseur et pédagogue libertaire.

Il est né le 10 janvier 1859 à Alella, une petite ville de Catalogne dans une famille nombreuse d’agriculteurs catholiques et monarchistes.
C’est à l’âge de 14 ans que Francesc commence à se forger une culture politique et sociale, auprès d’un minotier chez lequel il est placé et au gré de ses nombreuses lectures. Il suit également des cours du soir dispensés par les organisations républicaines et les sociétés de résistance ouvrières, et fréquente les milieux libertaires barcelonais. Il y rencontrera Anselmo Lorenzo avec qui il se liera d’amitié et qui lui fera découvrir les grand théoriciens anarchistes.
Mais malgré l’intérêt que suscite en lui ces idées, il reste attaché aux idées républicaines.
A la suite de l’échec de la tentative insurrectionnelle du général républicain Villacampa à laquelle il participe en 1886, Francisc est obligé de s’exiler à Paris avec son épouse Teresa Sanmartí. Ensemble ils auront 3 enfants, mais ne partageant pas les mêmes idéaux et très affectés par le décès rapproché de 2 de leurs filles, ils se sépareront en décembre 1893.
Après s’être initié à la franc-maçonnerie en 1884 dans la loge maçonnique Verdad de Barcelone, Francisc s’affilie en juin 1890, à la Loge Les Vrais Experts du Grand Orient de France à Paris.
Il milite activement au sein de la Libre-pensée et fréquente les milieux anarchistes libertaires, il se lie d’amitié avec Charles Malato, Jean Grave et Sébastien Faure. Jean Grave dira de lui que « C’était un homme doux, tranquille et simple ».
A l’ère des attentats anarchistes, il n’adhère pas à la propagande par le fait et entame une réflexion sur la problématique de la fin et des moyens.
Il devient alors partisan d’une émancipation de l’individu par l’instruction qui aboutirait naturellement à la transformation de la société.

En 1895, Francisco Ferrer enseigne l’espagnol dans des établissements publics, notamment au lycée Condorcet et publie un manuel, « L’Espagnol pratique », qui servira de référence à d’autres méthodes d’apprentissage des langues vivantes.
Son intérêt de plus en plus grandissant des questions pédagogiques, l’amène à rencontrer Paul Robin, pédagogue libertaire français, connu pour avoir développé l’éducation intégrale à l’orphelinat de Cempuis, cette conception l’enthousiasme.
En 1899, il épouse la libre-penseuse Léopoldine Bonnard, ils parcourront l’Europe ensemble et auront un fils.
Ses années parisiennes, vont être le terreau du projet éducatif de l’École moderne, qu’il fondera à Barcelone en août 1901.
Cela arrive au bon moment, dans une Espagne où les milieux ouvriers et populaires ainsi que la bourgeoisie républicaine la plus radicale réclament une alternative éducative au modèle national contrôlé par l’Église catholique. A ses début l’Escuela moderna accueille 12 filles et 18 garçons, mais très vite et de façon inattendue elle triple quasiment son effectif. Soutenue par 120 cercles et associations, elle gagne du terrain et de nombreux centres éducatifs rationalistes voient le jour dans tout le pays. Ce qui n’est pas pour plaire au clergé et aux milieux conservateurs et monarchistes.

En parallèle de son engagement pour l’Ecole moderne, Francisc est un grand partisan de l’action ouvrière, du syndicalisme révolutionnaire et de la grève générale comme préalable à la révolution sociale. De 1901 à 1903 il subventionne et écrit pour le journal La Huelga General (La Grève Générale).
En 1907, il participe à la création du journal et du rassemblement syndical Solidaridad Obrera.
Et participe, en 1909, à la campagne pour la libération des prisonniers de Alcalá del Valle.
Le 31 mai 1906, à l’occasion du mariage du roi Alfonso XIII, une bombe explose au milieu du cortège, provoquant la mort de 28 personnes. L’auteur de l’attentat, est un anarchiste et ancien traducteur et bibliothécaire à l’École moderne, il se nomme Mateo Morral. Cela a pour conséquences l’emprisonnement de Ferrer pour complicité, et la fermeture de l’École. Francesc ne sera libéré que le 10 juin 1907 (soit plus d’un an après).
Malgré son acquittement, Francisc n’obtiendra pas du gouvernement espagnol l’autorisation de ré-ouverture de l’École moderne de Barcelone. Il prend alors la décision de retourner à Paris, il séjourne également dans plusieurs capitales européennes dont Bruxelles et Londres.
En avril 1908, il fonde, avec Charles-Ange Laisant et soutenu par ses amis Sébastien Faure et Charles Malato, la Ligue Internationale pour l’Éducation Rationnelle de l’Enfance, dont le Président Honoraire est Anatole France. La ligue obtient rapidement une audience importante auprès des progressistes européens et le soutien de personnalités tel qu’Aristide Briand, Pierre Kropotkine et Paul Robin. Sa revue, L’École rénovée, paraît d’avril 1908 à juillet 1909 et compte jusqu’à 900 abonnés.
Il fonde également une maison d’édition dévolue à publier des ouvrages pédagogiques, dont certains écrits en collaboration avec le géographe libertaire et militant anarchiste Élisée Reclus.

En 1909, au début de la guerre de Mélilla au Maroc, le gouvernement espagnol déclare la mobilisation nationale. La colère secoue la Catalogne contre Madrid, Barcelone se dresse contre la dictature et la guerre.
Le 26 juillet,sous l’impulsion de Solidarida Obrera et du syndicat socialiste UGT, c’est la grève générale.
Mais très vite la mobilisation vire à l’émeute, dans la nuit du 27, les églises et les couvents sont incendiés. En réponse à cette révolution naissante, le gouvernement proclame la loi martiale et envoie l’armée pour écraser la grève, mais une partie des militaires et des gardes civils se mutine et fraternise avec le peuple. Trois jours plus tard, le gouvernement de Madrid riposte violemment en envoyant des renforts militaires et pendant plusieurs jours, réprime dans le sang les grévistes insurgés.
Alors que Francisc, absorbé par ses travaux intellectuels n’est pour rien dans l’évènement, le Mgr l’évêque de Barcelone au nom de l’ensemble des prélats de Catalogne, proteste auprès de Madrid «contre les événement de juillet et contre ceux qu’il déclare responsables, c’est-à-dire les partisans de l’École sans dieu, de la presse sectaire et des cercles Anarchistes qu’il faut supprimer» posant ainsi les bases de la mise au pilori de Francisc. Le 31 août, il est accusé d’être à l’origine de la Semaine tragique, il est arrêté, mis au secret et longuement interrogé.
Le gouvernement joue la montre, il veut aller vite, l”instruction est donc expédiée. Le 9 octobre 1909, Francisc comparaît devant le tribunal militaire, alors que son défenseur ne peut examiner les 600 pages du dossier qu’à la veille de ce procès simulacre. Lors de l’audience il est rarement interrogé et peu autorisé à prendre la parole, en dépit d’une lecture des dépositions à charge mettant en évidence de nombreuses contradictions, ses juges refusent l’audition des témoins.
Le 11 octobre, à 3 heures du matin, Francisc est transféré à la citadelle de Monjuich et le 12 octobre, à 8 heures, malgré l’absence de preuves, on lui notifie la sentence : la mort.
Francisc se voit alors revêtir d’une sorte de camisole de force, on le conduit «en chapelle», il y restera 12 heures. En chapelle, le condamné ne doit jamais rester seul et les prêtres doivent l’aider à se préparer à la mort, mais leur harcèlement reste vain. Francisc résiste et « ne veut rien avoir de commun avec les robes noires».
C’est au matin du 13 octobre 1909, que Francisc marche vers son exécution suivi pas à pas par l’aumônier de Monjuich, malgré ses protestation. Il demande à être fusillé debout, face au peloton, sans bandeau sur les yeux, mais les officiers exigent qu’on le lui mette.
D’un voix forte, Francesc Ferrer i Guàrdia, lance ses dernières paroles aux soldats du peloton : « Mes enfants, vous n’y pouvez rien, visez bien. Je suis innocent. Vive l’École Moderne. »
Il est enterré au cimetière de Montjuïc, à Barcelone.
La nouvelle de son exécution provoque un important mouvement international de protestation. De nombreuses capitales sont secouées par de violentes manifestations. Surpris par l’ampleur de la réprobation, le gouvernement espagnol démissionne une semaine plus tard.
Son procès est révisé en 1911, et la condamnation reconnue « erronée » en 1912.
Dans son testament dicté quelques heures avant son exécution, Francisco Ferrer écrivait à l’intention de ceux qui l’aimaient : « […] le temps qu’on emploie à s’occuper des morts serait mieux employé à améliorer la condition où se trouvent les vivants […] ».

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