Noé Itô biographie dans portraits de luttes plateforme convergences
portrait de Noé Itô femme féministe et anarchiste - signé Kriz Grafsta pour plateforme convergences

" Les Femmes Nouvelles font le voeu de détruire la morale réactionnaire et les lois élaborées pour le confort des hommes "

Photo de Noé Itô

Euphonik : Itô Noé

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Itô Noé nait le 21 janvier 1895 dans le village d’Imajuku, au sud d’un Japon en pleine ébullition culturel et idéologique qui se modernise sur le modèle occidental, important avec lui le modèle capitaliste, mais aussi le socialisme, l’anarchisme et le féminisme.

C’est donc dans ce Japon en plein bouleversement que Itô Noé vit avec sa famille dans la pauvreté, sa mère travaille aux champs, et son père est ouvrier dans une usine de tuiles.

En 1903, a huit ans, elle entre à l’école et montre immédiatement un vif intérêt pour la lecture et les études. Mais un an et demi plus tard, la jeune Itô Noé est envoyée à Nagasaki chez son oncle pour y parfaire son éducation, elle y découvrira la vie citadine avec l’accès à de grande bibliothèque, elle qui a une passion pour les livres.

En 1909, alors qu’elle a 14 ans, elle rentre quelques temps chez ses parents et se trouve dans l’obligation de travailler, pour subvenir aux besoins de ses parents. Mais désireuse et déterminée à poursuivre ses études, Itô Noé envoie plusieurs lettres à son oncle qui a déménagé à Tokyo afin de plaider sa cause.
Elle obtient son aval pour le rejoindre à Tokyo et y intègre une école progressiste refusant d’inscrire dans ses principes le célèbre adage patriarcal japonais « Bonne épouse, mère avisée ». Elle étudiera la littérature, la philosophie, et l’anglais jusqu’à l’obtention son diplôme en 1912.

Cette même année, elle se retrouve contrainte de rentrer dans son village natale et d’épouser le fils d’un riche fermier. Malgré ses fortes réticences, elle finit par accepter en espérant que cette liaison lui permette de se rendre en Amérique, cet homme y ayant suivi ses études pendant plusieurs années. Mais le mépris et le dégoût que lui inspire son mari, la décide à fuir seulement 9 jours après son mariage et à se réfugier à Tokyo chez son ancien professeur d’anglais, Tsuji Jun.

Son oncle lui vient alors une nouvelle fois en aide, et prend en charge les frais de divorce.

Dès lors Itô Noé et Tsuji Jun vivent pleinement leur relation passionnée, libre (hors mariage), et auront deux enfants.

La rencontre avec Hiratsuka Raichô se fait à cette même période. La fondatrice de la revue littéraire féministe Seitô – « rédigé de main de femme pour les femmes », lui propose d’entrer au comité de rédaction.

Seitô, défini officiellement comme apolitique, contient pourtant de nombreux articles dénonçant la condition des femmes, y est notamment abordé les thèmes de la maternité et de l’avortement.
Itô Noé commence par l’écriture de poèmes puis par la rédaction d’un récit condamnant vertement le mariage forcé en se basant sur sa propre expérience.

Les médias la surnomme alors «satarashii onna » (femmes nouvelle), un surnom qu’elle se réappropriera.
Vivant en relations libres, elle est la cibles de critiques par ces collègues, mais malgré ces nombreuses attaques elle poursuit son activité. Et expose ouvertement son soutien à ce choix de vie dans le magazine.

C’est en août 1913, qu’elle découvre l’anarchisme au travers des écrits de l’américaine Emma Goldman (1869-1940). Et environ trois mois après, elle traduira en japonais les trois recueils de son livre « Anarchisme et autres essais ».

En 1914, Itô Noé multiplie les articles engagés en abordant notamment les thèmes de l’union libre et de la prostitution, cela lui vaudra d’ailleurs d’être identifiée comme « socialiste » par l’État, qui se fascise.

Itô Noé obtient la direction de la revue Seito en janvier 1915, mais une grande part des autres contributrices, issues d’un milieu bourgeois désapprouvent la ligne éditoriale devenant trop contestataire et politique pour elles et quittent le mensuel.

Malgré ses événement et toujours fidèle à ses idéaux, elle continue à dénoncer les injustices. La militante s’intéresse d’ailleurs à l’injustice sociale dont son victimes les paysans expropriés par l’État, et se rapproche d’Ôsugi Sakaé – grande figure du communisme libertaire japonais.

1916, sera marqué par son abandon de la publication de Seitô.
Noé quitte également Tsuji Jun et débute une liaison avec Ôsugi Sakaé.
Etant tout les deux partisans d’un amour libre et sans obligations, ils entretiennent une relation en parallèle du mariage ce dernier et d’une autre liaison qu’il a avec une jeune journaliste.
Ils définissent des règles claires, dont l’indépendance économique et le respect de la liberté de l’autre.
Mais la jeune journaliste et maîtresse d’Ôsugi Sakaé, par jalouse le besse gravement en le poignardant à la gorge et envoie un proche battre Itô Noé. Les médias de l’époque s’empare de cette affaire pour conspuer l’anarchiste pour son immoralité, et celle du concept d’« union libre ».

La femme d’Ôsugi Sakaé divorce, les deux amants s’installent donc ensemble et auront quatres enfants. Tous deux continuent à écrire des essais, à publier des revues féministes et anarchistes, et à accueillir leurs camarades libertaires.
Pendant cette période ils sont amenés à déménager régulièrement, du fait de leur grande précarité mais aussi pour des raisons politiques, puisqu’ils sont surveillés en permanence par la police.

Noé participe également à la fondation de la première organisation indépendante de femmes socialistes, la « Sekirankai » (« Société de la Vague Rouge » 1921-1923).

Le 1er septembre 1923, a lieu le Grand séisme de Kantô, qui fait plus de 100.000 victimes et dévaste de nombreuses villes.

Il s’ensuit un véritable chaos, très vite des rumeurs se répandent et donnent lieu à de véritables massacres contre les minorités coréenne et chinoise. Profitant de la confusion, la police militaire procède à des arrestations massives et des exécutions de militants anarchistes, socialiste ou communistes.

Le 16 septembre 1923 Itô Noé, Ôsugi Sakaé et son neveu âgé de 6 ans sont arrêtés. Leurs corps sans vie sont retrouvés quelques jours plus tard, ils auraient été battus à mort et étranglés par des gendarmes dirigés par le lieutenant Amakasu avant d’être jetés au fond d’un puits.

Itô Noé avait 28 ans.

Ce triple assassinats, entraîne une vague d’indignation et de colère. Par vengeance, deux de leurs camarades tenteront d’assassiner Masahiko Amakasu mais n’y parviendront pas, ils seront finalement arrêtés à leur tour et condamnés à l’emprisonnement à perpétuité.

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