Rirette Maîtrejean
portrait Rirette Maîtrejean

" À l'anarchie (le journal) les salaires de tous les collaborateurs sont égaux. Chacun a droit au logement, à la nourriture, au blanchissage. D'argent, pas un sou "

photo Rirette Maîtrejean

Voix de Rirette Maitrejean

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Anna Henriette Estorges, alias Rirette Maîtrejean, née le 14 août 1887 à Saint-Mexant en Corrèze est une militante anarchiste.

D’origine paysanne, elle était bonne élève et était destinée à devenir enseignante.Refusant un mariage arrangé par sa mère, elle arrive à Paris en 1904.
Elle découvre la vie des couturières, par ailleurs elle prend des cours à la Sorbonne, puis dans les universités populaires anarchistes. Elle y rencontre un certain nombre d’anarchistes individualistes, qui l’invite aux Causeries populaires animées par Albert Libertad*, rédacteur en chef anarcho-individualiste du journal « L ‘ Anarchie » (En avril 1905, le premier numéro de L’anarchie sortit des presses et, à partir de cette date, parut régulièrement chaque jeudi, sur quatre pages. On y trouvait des articles d’orientation nettement individualiste, de courts pamphlets, des comptes rendus de lecture, des rubriques scientifiques, des annonces sur les différentes initiatives militantes. « Cette feuille, affirmait le premier éditorial, désire être le point de contact entre tous ceux qui, à travers le monde, vivent l’anarchie) et commence à assister à des événements individualistes.

En janvier 1906, elle donne naissance à sa première fille Henriette (alias Maud) la même année, elle rencontre et épouse Louis Auguste Maîtrejean, un selleur de profession, secrétaire de l’union des tanneurs et participant régulier aux Causeries. Louis reconnu Maud comme son enfant légitime ainsi que le deuxième enfant de Rirette, Sarah (surnommée Chinette), née en novembre. Le couple se séparera à la fin de 1908 [en 1910 Louis a été condamné à 5 ans de prison pour avoir émis des faux billets]. Rirette s’installe dans une maison à Champrosay, près de Draveil avec l’anarcho-individualiste Maurice Vandamme alias Mauricius, un Conférencier et l’un des principaux collaborateurs de L ‘ Anarchie, et ensemble, ils éditent le journal entre mars et novembre 1909, ils reprendront l’édition du journal « L ‘ Anarchie »suite à la mort d’Albert Libertad, en novembre 1908.
Le 30 juillet 1908, lors d’une manifestation en solidarité avec les travailleurs, elle est grièvement blessée à la jambe lorsqu’un régiment de dragons tirera sur la manifestation, faisant quatre morts et deux cents blessés.
À la fin de 1909, elle rencontre l’anarchiste Victor Serge (Viktor Lvovitch Kibaltchich [Víktor Víktor Lʹvóvič]), qui vient d’arriver de Belgique, et avec qui elle commence une relation amoureuse.

En juillet, elle et Victor prennent ensemble la direction de ‘ L ‘ Anarchie ‘ .
En août 1910, elle est l’une des 30 000 « Liabouvistes » lors de l’émeute dans la nuit du 31 juin au 1er Juillet à l’extérieur de la prison de la Santé à Paris, où le cordonnier anarchiste Jean – Jacques Liabeuf devait être exécuté.
Deux mois plus tard, l’Affaire Bonnot éclate, ce qui implique un certain nombre de leurs anciens camarades (beaucoup d’entre eux avaient également été les amis d’enfance de Serge).
Les deux seront également impliqués lorsque deux revolvers liés à la bande seront retrouvés lors d’une perquisition de leur maison le 31 janvier 1912, ils seront arrêtés et accusés de complot criminel et de dissimulation de vols d’armes.
Rirette passe un an de détention préventive à la prison de Saint-Lazare avant d’être finalement acquittée. Victor est condamné à cinq ans d’emprisonnement et à cinq ans d’interdiction du pays.
En août 1913, « Le Matin »commence à publier les souvenirs de Rirette, « Souvenirs d’Anarchie » sous forme de série. Parmi ces portraits cruels et réducteurs de plusieurs de ses anciens camarades, se moquant des théories illégales et du sectarisme des adeptes des régimes végétariens et abstinents. Ces ′′ souvenirs ′′ se sont avérés avoir été écrits par un journaliste nommé Bourse pour ‘Le Matin’, basés sur une série de récits de Rirette, un deal négocié par l’anarchiste et journaliste Miguel Almeyreda. Ce qui lui voudra d’être ostracisée par ces anciens camarades et elle fera l’objet d’abus misogynes ignobles : la traitant de prostituée qui avait ignominieusement trahi les camarades individualistes qui l’avaient accueillie dans leur milieu, la surnommera « paillasse » (expression du matelas dont l’opinion change avec chaque homme qui dort dessus).

Suite à sa libération en janvier 1917, Victor Serge sera expulsé de la France à travers la frontière espagnole, vers Barcelone, une ville qui voyait des ferments révolutionnaires. La relation amoureuse du couple n’aura pas survécu à une séparation prolongée, Rirette consacrera toute son énergie à l’aider lorsque, à son retour en France, il sera emprisonné en octobre 1917 dans un camp d’internement à Fleury-en-Brière pour violation de l’interdiction de résidence.
En janvier 1919, Serge parti pour la Russie bolchevique grâce à un échange de prisonniers franco-russe. Rirette de son côté et après la publication de « Souvenirs d’Anarchie » et les attaques violentes dont elle a fait l’objet, observera dès lors une certaine réserve politique. Cependant, elle maintiendra des liens solides dans le milieu libertaire, en particulier avec l’anarchiste individualiste Émile Armand, qui n’avait pas participé à son lynchage.
Obligée de subvenir aux besoins de ces deux filles, elle cherchera un emploi salarié et travaillera comme d’abord comme typographe, avant de devenir correctrice et rédactrice de presse à « Paris Soir », jusqu’en 1944, puis après la libération jusqu’en 1953.
Devenue aveugle, Rirette Maîtrejean passera les derniers mois de sa vie à l’hospice de Limeil-Brévannes où elle est décédera le 14 juin 1968, entourée de sa famille.

*« Ce n’est pas dans cent ans, tu sais, qu’il faut vivre en anarchiste, c’est maintenant ! »

Source traduit de l’anglais : The Bottled Wasp.

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